La promulgation de la loi sur les retraites est annoncée pour le 15 novembre.
La messe serait donc dite…
Le grand prêtre tient sa réforme. Enfin pour lui serait-on tenté de dire, puisque toutes celles qu’il a imposées depuis son élection ont été systématiquement remises en cause : inefficaces, injustes, coûteuses, critiquées par Bruxelles et désormais par une majorité dont les calculs électoralistes prennent le pas sur l'impassible docilité.
La messe est-elle donc vraiment dite ?
Saisi par les parlementaires socialistes, le Conseil constitutionnel dispose d’un mois pour se prononcer sur la constitutionnalité des mesures gouvernementales, comme l’a rappelé son président Jean-Louis Debré, qui porte avec dévotion les reliques du gaullisme. Soit la fin du mois de novembre. Dans l’éventualité où des corrections devraient être apportées, cela exigera quelques nouvelles écritures, si bien que la messe serait dite à un moment proche de celle de minuit à Noël. Sarkozy en petit Jésus, entre l’âne et le bœuf, ce n’est sûrement pas ce dont il rêve. Sarkozy en Père Noël, les enfants eux-mêmes n’y croiront pas parce que sa hotte est vide. Il a déjà donné ses cadeaux. À ses amis.
Sarkozy pourra alors procéder au remaniement ministériel annoncé avant l’été. Un gouvernement démonétisé, en sursis pendant six mois, va donc laisser la place à une nouvelle équipe régénérée et conduite par un premier ministre surprise : Fillon puisque Borloo ne fait plus le plein.
En fait, Fillon, Borloo, ou n’importe quel autre, ça n’a guère d’importance. L’omni présidence ne peut qu’atteindre son paroxysme à l’approche des présidentielles. Un remaniement de Sarkozy par Sarkozy demeurerait à cet égard la seule option...
Et maintenant ?
La loi promulguée dans la douleur laissera des traces :
- les Français révoltés par l’injustice de la réforme et la brutalité de la méthode, s’ils n’ont pas la mémoire courte, sanctionneront la droite. Attention toutefois, car un vote sanction ne vaut pas adhésion à nos idées et nos valeurs. Il nous appartiendra donc de mobiliser et de rassembler avec un projet crédible et fédérateur, en gardant à l’esprit le champ de ruines laissé par l’UMP,
- au-delà du dossier lui-même, les Français ont voulu signifier combien importait la méthode de gouvernement. Il faudra nous en souvenir car la forme peut balayer le fond. Le cas Allègre doit justement nous rappeler à la prudence car à avoir voulu « dégraisser le mammouth » c’est le score du candidat Jospin qui s’en est trouvé allégé aux présidentielles de 2002,
- l’aggravation des tensions sociales au regard des cadeaux toujours plus nombreux consentis aux plus favorisés a réveillé un discours de l’ultragauche qui rend tout propos responsable presque inaudible. Cette difficulté, il nous faut d’ores et déjà l’intégrer pour dépasser le clivage mortifère entre gestion et idéal, entre gouvernement et opposition, entre réforme et révolution. C’est la condition pour gagner. Et pour durer.
