mercredi 28 avril 2010

Dérive

Après la grande semaine sécuritaire de Sarkozy où il n’a fait que bégayer un discours éculé, la dérive droitière du candidat naturel de la droite se confirme de jour en jour. Hortefeux, le Monsieur Plus du président, s’est emparé de ce tissu (le niqab) - qui, il est vrai, pose incontestablement problème - pour racler les poubelles démagogiques de la République. On va même jusqu'à entendre les plus hauts responsables de l’État prêts à défier le gardien de notre Constitution, le Conseil constitutionnel. En quelque sorte, un législateur promulguant une loi illégale. Bel exemple de respect des institutions démocratiques !

Et voilà comment se monte une affaire dont il n’est pas sûr qu’elle ne sombre pas dans le tragi-comique de l’arroseur arrosé. Une femme verbalisée pour port du niqab au volant. Le fin limier Hortefeux qui découvre un mari polygame avec douze enfants de plusieurs lits, une fraude aux prestations sociales et qui demande à son très cher collègue Besson d’envisager une procédure de déchéance de nationalité. Le mari, humour déplacé ou inutile bravade, rétorque qu’il n’est marié qu’une seule fois mais compte plusieurs maîtresses, ce que la loi n’interdit pas. Et quelques ministres de regarder le bout de leurs godasses…

On parlerait de comédie de boulevard si l’histoire ne nous avait pas appris combien la stigmatisation à outrance attisait les haines, réveillait les bas instincts de ceux qui ne voient dans l’autre, celui qui n’est pas d’ici, le responsable de tous les maux de la terre.

Plus fondamentalement, cette affaire est une fois de plus révélatrice d’une politique droitière qui consiste à traiter des symptômes largement fantasmés en négligeant des réalités sociales trop souvent subies. Et tant que l'UMP et ses alliés refuseront de les analyser sincèrement en privilégiant aveuglément le tout répressif, la spirale de l’échec continuera inexorablement de lézarder une République déjà si fragilisée depuis 2007.