En quête d’une popularité qui le boude, Nicolas Sarkozy exhibe les oripeaux sécuritaires qui lui avaient assuré son succès en 2007. Mais Sarkozy est décidément dans une mauvaise passe : lui qui espérait occuper l’espace médiatique, un volcan islandais lui vole la vedette en focalisant l’attention de tous sur la sécurité des vols et non sur celle des banlieues. Et voilà le « candidat naturel de la droite » gesticulant dans un commissariat de banlieue quand chacun s’interroge sur un monde devenu si complexe qu’il se grippe avec quelques cendres…
Avant d’aller plus loin, quelques mots sur le « candidat naturel » comme l’aiment à le répéter, Juppé, Balladur, Coppé…Y aurait-il dans cet élément de langage, quelque chose trahissant un sentiment inavoué, relevant du subconscient ? Il a toujours été opéré une claire distinction entre enfant légitime et enfant naturel, ce dernier n’ayant aucun droit à héritage. Sarkozy, candidat naturel ou candidat légitime ? Les mots ont vraiment un sens !...
Sarkozy a donc renvoyé Hortefeux à la niche et a endossé la capeline de la marée-chaussée. Pour bien marquer les esprits, il entame son parcours par la mesure la plus abjecte qui puisse être : suspendre les allocations familiales aux parents dont l’enfant ferait preuve d’absentéisme à l’école. Il n’est nul besoin d’avoir un doctorat en sociologie pour savoir que la misère détruit les codes et les repères, plus elle est grande et plus elle éloigne ses victimes du cap collectif d’un vivre ensemble apaisé. On voudrait enfoncer la tête sous l’eau à des populations confrontées aux pires difficultés matérielles qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Au-delà de cette mesure injuste et révoltante, il y a encore plus inquiétant. Nous sommes à deux ans des élections présidentielles et Sarkozy a décidé de reconquérir son électorat sur le thème de la sécurité. Il y a par conséquent tout à craindre pour nos libertés. Il y a aussi tout à craindre pour une société qui a plus que jamais besoin de solidarité, d’attention, d’accompagnement. Non d’une politique marquée par la brutalité, la sanction et le rejet des plus fragiles.
Ces deux années s’annoncent donc particulièrement redoutables et ce sera l’honneur de la gauche en général, et des socialistes en particulier, d’entrer en résistance et de préparer un projet rassembleur qui donnera une place à chacun, et notamment aux plus vulnérables de nos concitoyens.
(*) Film de John Huston
