"Au fil de l'après-midi les résultats confirmeront la poussée de la gauche. Difficile, alors, d'affirmer avec certitude que ses gains seraient suffisants pour lui assurer la majorité [...] Le passage des trois sièges du Morbihan à gauche met fin au suspense." Le Monde, 27 septembre 2011
Eh oui, c'est bien le succès totalement inattendu de Joël Labbé et de Michel Le Scouarnec qui a permis ce coup de tonnerre : le basculement historique du Sénat à gauche !
Le résultat du premier tour, O. Herviaux élue et les deux autres candidats de gauche en tête, pouvait présager de la suite... Mais qui aurait osé parier un euro sur leur élection ?
Les raisons en ont été largement exposées dans la presse locale et nationale.
Ce triomphe est évidemment dû au remarquable travail accompli par Odette Herviaux durant son premier mandat. Il doit beaucoup à la réalisation, sous son impulsion, d'une liste de la Gauche unie, avec le PS, le PC et EE-LV , aux qualités personnelles des candidats, à une longue campagne de terrain très efficace. Josselin de Rohan considère Odette comme "une personne sympathique qui a fait une bonne campagne". Monsieur le Duc est trop bon.
Mais ce succès s'explique aussi par le mécontentement des élus locaux à la suite de certaines réformes imposées à la hussarde (Réforme de la fiscalité locale, réforme territoriale, atteintes à la qualité des services publics en zones rurales...) et par le rejet d'une certaine conception de la politique selon les candidats UMP :
-Liste de droite exclusivement masculine
-Présence dans cette liste de deux députés . Pourquoi ce désir de passer de l'Assemblée nationale au Sénat ? Pour se mettre à l'abri d'une défaite en 2012 ? Pour laisser la place à un proche ?
L'un des deux, François Goulard, est en outre Président du Conseil général du Morbihan. Il a de quoi s'occuper...
La responsabilité de François Goulard dans l'échec est écrasante.
-Ambiguïté quasi-permanente : membre de l'UMP et villepiniste M. Goulard choisit F. Bayrou au premier tour en 2007 puis, Sarkozy au second. Ses critiques récurrentes de la politique gouvernementale dans les couloirs de l'Assemblée font le bonheur des télés.
-Abandon de son mandat de maire de Vannes après les cantonales de 2011, laissant alors le successeur se "dépatouiller" avec des dossiers mal ficelés et voués à l'échec (Nouvelle coutume, Quartier nord de la gare).
-Enfin la faute morale et psychologique qui ne pardonne pas : l'éviction du sénateur sortant, Joseph-François Kerguéris, avant le deuxième tour. Ce centriste, consensuel, apprécié par beaucoup, avait largement favorisé l'accession de F. Goulard à la présidence du Conseil général du Mobihan.
Le parcours de F. Goulard sinueux et peu compréhensible, semble motivé par une féroce ambition personnelle, jamais satisfaite. Les grands électeurs n'ont pas aimé.
Le cocktail détonnant a détonné et tout a basculé.
Le retour à la règle majoritaire en 2008 avait pour objectif d'éliminer les sénateurs de gauche élus grâce à la proportionnelle. C'était le cas d'Odette Herviaux, et de Jean-Pierre Godefroy dans la Manche.
La manoeuvre s'est retournée contre ses promoteurs, qui n'en sont pas encore revenus.
Y aurait-il une justice immanente en politique ?

