L'école et la République, c'est déjà une longue histoire . La Troisième république en a fait un de ses piliers. Et la gauche au pouvoir a toujours défendu et valorisé l'Ecole de la République, moteur de l'ascenseur social, lieu d'apprentissage de la mixité sociale, vecteur de la liberté individuelle...
Au tout début du premier septennat de François Mitterrand les fêtes du centenaire des lois laïques ont marqué avec éclat cet indéfectible attachement.
Quelques noms de ministres de gauche de l'Education Nationale suffisent à démontrer l'importance accordée à ce secteur : Alain Savary, Jean-Pierre Chevènement, Lionel Jospin, Jack Lang. Des serviteurs chevronnés de l'Etat, des hommes de grande valeur.
Le ministre actuel de l'Education, Luc Chatel, ne se situe manifestement pas dans cette lignée des défenseurs du service public.
Après Xavier Darcos, il a été chargé de mettre en application, dans son domaine, les engagements électoraux de Nicolas Sarkozy, en particulier le non-remplacement d'un fonctionnaire partant en retraite sur deux. La crise et l'endettement de l'Etat n'ont fait que renforcer cette volonté de rigueur, austérité non avouée.
Citons des extraits d'un document interne au Ministère, dévoilé par Le Monde:
* "Contexte : mobiliser les gisements d'efficience visant à respecter la contrainte du non remplacement d'un départ sur deux....sans dégrader les performances globales"
* "Les leviers académiques identifiés :
- augmentation de la taille des classes :relèvement des seuils d'ouverture et de fermeture de classe, regroupement des structures
- réduction du besoin de remplacement
- baisse de la scolarisation à 2 ans
- réduction du volume des décharges non statutaires...
- transformation d'heures- postes en heures supplémentaires année (HSA) " c'est à dire payer des heures sup. au lieu d'embaucher.Etc....
M. Chatel est un homme de marketing (il est titulaire d'une maîtrise des sciences de gestion et DESS à la Sorbonne). Il vient du groupe de cosmétiques l'Oréal, d'abord au marketing, puis aux ressources humaines. Tout s'explique. M. Chatel gère son ministère comme il gérerait un "plan social" dans une multinationale. Le vocabulaire utilisé le montre assez : "gisements d'efficience, leviers d'économies, regroupement des structures, ouverture du vivier de remplacement, optimisation du remplacement, réduction des pertes de potentiel, rationalisation de l'offre de formation, etc...."
Il s'agit en fait de supprimer en 2011 de 15 000 à 17 000 postes; 40 000 ont été déjà détruits depuis trois ans, 100 000 depuis 2002 ! Une véritable hémorragie !Du coup, on ne remplace plus les enseignants absents, on supprime une année de formation pédagogique pour les "apprentis- professeurs" qui seront "livrés" aux élèves sans aucune expérience ( les IUFM disparaissent), on accentue un terrible déficit d'encadrement, facteur du développement de l'indiscipline et de la violence.
Augmenter le nombre d'élèves par classe y compris en maternelle et en primaire, là où se joue pour une grande part l'avenir des enfants, supprimer ou fusionner les petites écoles, en milieu rural notamment, et cela "sans nuire à la qualité de la formation dispensée aux élèves" ? M. Chatel est un humoriste qui s'ignore.Parmi les "leviers" envisagés on note la mise en cause de la scolarisation en maternelle dès l'âge de deux ans. Déjà, Xavier Darcos ne disait-il pas, en substance, qu' il n'est pas utile d'être à bac + 5 pour changer des couches !
On imagine les problèmes que cette remise en cause posera à des milliers de familles, qui ne trouveront pas de place en crèche. Quant aux jardins d'enfants éventuellement créés, seront-ils publics et gratuits ? Assureront-ils le même rôle social que l'école ?
Donnons la parole à une maîtresse d'école maternelle de notre connaissance :
"Travaillant dans une école à la population très hétérogène, on a noté que les enfants venant de milieux défavorisés font d’énormes progrès et ont tout intérêt à rentrer dès deux ans en école maternelle et c’est un constat unanime. On encourage donc ces familles à mettre très tôt les enfants à l’école, dès lors on peut commencer à travailler avec eux sur la sociabilisation et le langage, etc... Le langage étant la base d’un apprentissage de vie en société. Ce sont des enfants qui arrivent souvent en ayant un problème de communication et une grande pauvreté de langage et qui de ce fait communiquent sur le modèle de la culture télévisuelle qui est fréquemment violente."
Le ministre de l'éducation ne propose nullement un projet à la communauté éducative.
Il raisonne comme "un tiroir caisse", selon l'heureuse expression de Marianne.
Il organise la casse du service public de l'Education Nationale.
Cela aidera-t-il les Français à surmonter la crise globale, économique, sociale, sociétale, morale, qui les assaille ? Permettez-nous d'être convaincus du contraire.
