vendredi 21 mai 2010

Retraites : un contre-projet sérieux et ambitieux

C’est une réforme juste, efficace et durable que notre parti propose aux Français. Il prend le contre-pied d’une approche gouvernementale aux conséquences qui pourraient s’avérer particulièrement lourdes pour les salariés, qu’ils soient actifs ou retraités.

-La première qualité de cette réforme est qu’elle s’adosse au récent rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR). Cette remarque peut surprendre tant le gouvernement s’est employé à instrumentaliser ce rapport et le patronat à exploiter des études statistiques sorties de leur contexte. Il s’agit d’une étude classique qui a pour base une situation connue (celle qui prévaut au moment de l’étude) puis extrapole selon trois scénarios : hypothèses haute, moyenne et basse. Du très classique. L’intérêt du rapport est qu’il démontre par transparence que la réforme exclusivement paramétrique du gouvernement (report de l’âge de retraite, allongement de la durée de cotisations) ne règle en rien le problème. Il insiste également sur le fait que « seul l’équilibre du système de retraite est considéré…Les coûts liés au fait que tous les assurés ne sont pas forcement en emploi s’ils liquident leur retraite plus tard (dépenses supplémentaires de chômage, d’invalidité, de maladie...) ne sont pas pris en compte ». Il ajoute à propos du financement du régime : « En ce qui concerne les ressources, la hausse des prélèvements finançant le système de retraite peut également être obtenue de différentes façons qui ne sont pas détaillées dans le cadre de l’abaque ». Le COR affiche donc clairement que l’étude est cantonnée au seul problème retraite sans analyse de ses conséquences sur d’autres finances publiques. Il affiche tout aussi clairement que les hypothèses de financement n’entrent pas dans le champ de son expertise.

-La deuxième qualité de cette réforme est qu’elle met un terme au principe de refus de tout nouveau prélèvement, doctrine centrale de l’actuel gouvernement. Il fallait en outre sortir de ces détestables pratiques d’exonérations de charges qui ont fortement dégradé l’équilibre des régimes de retraite : non-versement de charges sociales qui n’ont en rien répondu aux problématiques structurelles d’emploi mais ont trop souvent constitué un effet d’aubaine pour les employeurs, substituts de salaire (bonus, stock options) non soumis à cotisations, primes comme l’intéressement ou la participation n’entrant que partiellement dans l’assiette des cotisations, etc… Par ailleurs diverses dispositions complémentaires de financement sont présentées. C’est donc un tabou qui tombe.

-Et c’est sa troisième qualité. A l’inverse du gouvernement qui, avec son approche paramétrique, ciblait tous les efforts sur les deux seuls critères d’âge et d’annuités au point comme le démontre le rapport du COR de ne pas régler le problème posé, la réforme proposée fait le choix de la diversification. Il ne s’agit nullement d’un saupoudrage mais d’une multiplication des cibles de financement qui minimisent les risques en les répartissant. C’est en même temps un juste retour des choses quand ceux qui (et très souvent les plus favorisés) ont échappé aux prélèvements reviennent à ce qui fonde la solidarité nationale.

Gardons nous de conclure car le débat ne fait que s’ouvrir. Trois remarques toutefois :
- on est en droit de soupçonner le gouvernement, en ciblant tout sur les critères d’âge et d’annuités, d’avoir voulu condamner à terme la retraite par répartition pour imposer la capitalisation conformément aux vœux du Medef,
- on assiste à une inversion de tendance manifestée par cette volonté nouvelle et tant attendue de rapprocher la taxation du capital de celle du travail,
- on doit enfin se féliciter que cette liberté de pouvoir prendre sa retraite à 60 ans soit maintenue car c’est un choix de gauche et un regard philosophique sur la place du travail dans la vie. C’est incontestablement l’amorce d’une réflexion sur une autre organisation de notre société.

A suivre…

Retrouvez toutes les propositions du PS sur http://parti-socialiste.fr/retraites