L'hypothèse de 2% de croissance
évoquée par Martine Aubry il y a deux ans lors de l'élaboration
du projet du Parti Socialiste et qui servit de support au programme
de François Hollande était erronée. La suite de évènements l'a
amplement démontrée.
Or actuellement nous continuons sur
cette lancée en faisant le pari, et en comptant sur des réformes
structurelles, le pacte de compétitivité avec l'espoir d'une
reprise de croissance même faible qui permettrait d'inverser la
courbe du chômage fin 2013.
Et si la croissance ne revenait pas
(voir le livre de Paul Krugman, prix nobel d'économie « sortez-nous
de cette crise...maintenant ») !...
Plusieurs facteurs devraient nous
inciter à être plus prudent, la politique d'austérité européenne
orientée par l'Allemagne qui limite une politique de la demande, un
euro fort par rapport au dollar qui limite les exportations, une
Europe bloquée, géant économique, et nain politique à la fois.
D'autre part s'il y a 25/30 ans nous
pouvions escompter qu'un point de croissance correspondait environ à
500 000 emplois ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui, du fait de
la révolution technologique et informatique (robotique, internet,
...) de ces 25 dernières années ( la construction de robots et
d'ordinateurs, de logiciels ne compensent pas de façon équivalente
la suppression d'emploi conséquente à l'hyper-développement de la
technologie ). « De 10 à 15% seulement des destructions
d'emplois industriels sont liés au commerce mondial mal régulé. 85
à 90 % des destructions d'emplois sont du aux gains de
productivité » Daniel Cohen (Alternatives économiques, juin
2011).
Souvenons-nous qu'avec une croissance
de 3.5 à 4% durant la période de 97 à 2002 sous le gouvernement
de Lionel Jospin , si l'on ne compte pas les emplois jeunes (puisque
leur création dépend de l'argent du contribuable) nous n'avons eu
que 500000 emplois créés.
Aussi il faut envisager sérieusement
l'éventualité d'avoir une croissance proche de zéro pendant
plusieurs années, c'est d'ailleurs le cas du Japon qui a une
croissance nulle depuis 20 ans.
Dans ces conditions il faut envisager
d'autres pistes, et en particulier la réduction du temps de travail
et le partage du temps de travail. Il ne s'agit pas de revenir aux
35h mais d'en faire un bilan le plus objectif et complet possible,
et d'envisager la semaine de 4 jours avec 32 heures de travail. La
réforme des 35h a été mal engagée, plutôt imposée que
réellement négociée et acceptée. Contrairement au slogan de la
droite « travailler plus pour gagner plus » qui contrarie
la création d'emplois, aller vers la semaine de 32 heures devraient
permettre un gisement de 1,6 millions d'emplois (étude du ministère
du travail de 1997). Actuellement 400 entreprises ont adoptées la
semaine de 32 heures et ont pu embauchées en CDI de 10 à 15 % en
plus de salariés (Fleury Michon, Mamie Novae, Monique Ranou, ...).
C'est autant d'indemnités de chômage en moins à payer, de rentrée
d'impôts en plus, et de dégager du temps libre. Cela implique en
parallèle un développement plus important en matière de temps
libre, politique sportive, culturelle et donc de création d'emplois
dans ces domaines. Il serait souhaitable de réfléchir à une loi
cadre, tenant compte des avancées et erreurs de la loi sur les 35
heures qui permettait, laisserait beaucoup de souplesse aux
entreprises qui s'engageraient dans cette voie à la fois sur la
durée, les négociations, les aides et avantages possibles. Notons
que pour les entreprises qui se sont engagées dans cette voire, il
n'y pas eu de baisse de productivité, ni baisse de salaire, excepté
une baisse de 2 à 3% pour les salaires les plus élevés. Pour
aller plus loin lire le livre de Larouturou et Rocard, « La
gauche n'a plus droit à l'erreur : chômage,précarité, crise
financière, arrêtez les rustines », notamment le chapitre
« réduction du temps de travail : Einstein avait raison ».
Il faut relancer le débat sur la
semaine de 32 heures, ce n'est pas un sujet nouveau, voir le congrès
CFDT de 1995 à Montpellier qui demande « une loi cadre pour
aller à 32 heures ».
N'ayons pas pur d'être ringard et
ridicule, c'est le moment, puisque nous sommes « aux
affaires » peut-être pour peu de temps, osons rouvrir ce
dossier.
