vendredi 19 avril 2013

Contribution de Daniel Gobert sur le chômage et l'emploi.

L'hypothèse de 2% de croissance évoquée par Martine Aubry il y a deux ans lors de l'élaboration du projet du Parti Socialiste et qui servit de support au programme de François Hollande était erronée. La suite de évènements l'a amplement démontrée.

Or actuellement nous continuons sur cette lancée en faisant le pari, et en comptant sur des réformes structurelles, le pacte de compétitivité avec l'espoir d'une reprise de croissance même faible qui permettrait d'inverser la courbe du chômage fin 2013. 

Et si la croissance ne revenait pas (voir le livre de Paul Krugman, prix nobel d'économie « sortez-nous de cette crise...maintenant ») !...
Plusieurs facteurs devraient nous inciter à être plus prudent, la politique d'austérité européenne orientée par l'Allemagne qui limite une politique de la demande, un euro fort par rapport au dollar qui limite les exportations, une Europe bloquée, géant économique, et nain politique à la fois.

D'autre part s'il y a 25/30 ans nous pouvions escompter qu'un point de croissance correspondait environ à 500 000 emplois ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui, du fait de la révolution technologique et informatique (robotique, internet, ...) de ces 25 dernières années ( la construction de robots et d'ordinateurs, de logiciels ne compensent pas de façon équivalente la suppression d'emploi conséquente à l'hyper-développement de la technologie ). « De 10 à 15% seulement des destructions d'emplois industriels sont liés au commerce mondial mal régulé. 85 à 90 % des destructions d'emplois sont du aux gains de productivité » Daniel Cohen (Alternatives économiques, juin 2011).

Souvenons-nous qu'avec une croissance de 3.5 à 4% durant la période de 97 à 2002 sous le gouvernement de Lionel Jospin , si l'on ne compte pas les emplois jeunes (puisque leur création dépend de l'argent du contribuable) nous n'avons eu que 500000 emplois créés.

Aussi il faut envisager sérieusement l'éventualité d'avoir une croissance proche de zéro pendant plusieurs années, c'est d'ailleurs le cas du Japon qui a une croissance nulle depuis 20 ans.

Dans ces conditions il faut envisager d'autres pistes, et en particulier la réduction du temps de travail et le partage du temps de travail. Il ne s'agit pas de revenir aux 35h mais d'en faire un bilan le plus objectif et complet possible, et d'envisager la semaine de 4 jours avec 32 heures de travail. La réforme des 35h a été mal engagée, plutôt imposée que réellement négociée et acceptée. Contrairement au slogan de la droite « travailler plus pour gagner plus » qui contrarie la création d'emplois, aller vers la semaine de 32 heures devraient permettre un gisement de 1,6 millions d'emplois (étude du ministère du travail de 1997). Actuellement 400 entreprises ont adoptées la semaine de 32 heures et ont pu embauchées en CDI de 10 à 15 % en plus de salariés (Fleury Michon, Mamie Novae, Monique Ranou, ...). C'est autant d'indemnités de chômage en moins à payer, de rentrée d'impôts en plus, et de dégager du temps libre. Cela implique en parallèle un développement plus important en matière de temps libre, politique sportive, culturelle et donc de création d'emplois dans ces domaines. Il serait souhaitable de réfléchir à une loi cadre, tenant compte des avancées et erreurs de la loi sur les 35 heures qui permettait, laisserait beaucoup de souplesse aux entreprises qui s'engageraient dans cette voie à la fois sur la durée, les négociations, les aides et avantages possibles. Notons que pour les entreprises qui se sont engagées dans cette voire, il n'y pas eu de baisse de productivité, ni baisse de salaire, excepté une baisse de 2 à 3% pour les salaires les plus élevés. Pour aller plus loin lire le livre de Larouturou et Rocard, « La gauche n'a plus droit à l'erreur : chômage,précarité, crise financière, arrêtez les rustines », notamment le chapitre « réduction du temps de travail : Einstein avait raison ».

Il faut relancer le débat sur la semaine de 32 heures, ce n'est pas un sujet nouveau, voir le congrès CFDT de 1995 à Montpellier qui demande « une loi cadre pour aller à 32 heures ».

N'ayons pas pur d'être ringard et ridicule, c'est le moment, puisque nous sommes «  aux affaires » peut-être pour peu de temps, osons rouvrir ce dossier.