vendredi 2 octobre 2009

Réflexions sur une chronique

L’historien Benjamin STORA, dans une récente chronique (JDD 13/09/06), s’interroge en ces termes sur l’avenir du Parti socialiste : « Le déclin, ou même la disparition du Parti socialiste est évoqué un peu partout.[…]Le PS, déchiré par le choc des ambitions personnelles de ses dirigeants, identifié comme un parti gestionnaire sans aucun dessein, a-t-il achevé sa mission, celle de transformer la société en améliorant le sort des salariés, sans recours à la violence révolutionnaire ? La social-démocratie est-elle dépassée ? ».

Le seul point que je partage avec Benjamin STORA est le choc des ambitions personnelles. Et encore? C’est en effet rester à l’écume des choses, celle de l’aspect irritant d’un excès de déballage médiatique. C’est un problème de leadership, et de son acceptation, qui est posé car on ne saurait se morfondre sur ces ambitions sauf à souhaiter faire du Sarkozy qui dirige tout, décide de tout, nomme et révoque selon l’humeur du moment… Le vieux fond anarchiste qui sommeille chez tout socialiste ne le supporterait pas.

Sur l’interrogation relative au PS et à la social-démocratie, il y a au moins deux réflexions qui méritent qu’on s’y arrête.

La première concerne le cas français. Le PS vient seulement d’admettre le terme de social-démocratie même s’il reste des nœuds de résistance. Cette affaire idéologico-sémantique est plus importante qu’il n’y paraît. Le PS en situation de responsabilité a, depuis 1983, une pratique politique social-démocrate. Ce hiatus entre sémantique et pratique politique mine le PS depuis maintenant 26 ans et laisse des lignes de clivage au point que certains en sont encore à réclamer la fermeture de la parenthèse ouverte en 1983. Tant que ne sera pas soldée cette difficulté, il n’y aura pas de programme crédible, cohérent, de nature à séduire les Français et les congrès pourront succéder aux congrès avec, toujours en sortie, des compromis de façade auxquels nul ne croit.

La seconde est relative à l’Europe. La social-démocratie européenne piétine et cherche son deuxième souffle. Elle a pourtant marqué toute l’Europe. Qu’il s’agisse de l’Allemagne avec son modèle rhénan si profondément ancré qu’Angela MERKEL ne se hasarde pas à une attaque frontale. Qu’il s’agisse de l’Espagne où l’empreinte de Felipe GONZALES, aux affaires de 1982 à 1996, n’a pu être effacée par la droite dure d’AZNAR. Qu’il s’agisse encore du Royaume Uni, où la lucidité conduit à reconnaître que Tony BLAIR a réussi en dix ans à corriger les terribles méfaits du Thatchérisme. Le paradoxe aujourd’hui, est cette Europe marquée par la social-démocratie où les citoyens manifestent dès qu’on touche à leurs acquis sociaux mais qui votent pour une droite plus libérale que jamais, plus inégalitaire qu’elle n’a osé l’être depuis la Seconde Guerre Mondiale, plus insensible à la souffrance des plus démunis… Ce deuxième souffle tarde à venir parce les socialistes européens n’osent pas changer de dimension en s’offrant une nouvelle frontière : l’ambition d’une Europe fédérale par opposition à l’intergouvernementale de la droite qui mène inexorablement à un « ratatinement » de l’Europe et de ses petits Etats-nations par rapport aux puissances émergentes.

Deux défis à mener de front par conséquent :
- en notre sein, neutraliser une bonne fois pour toute ce hiatus entre sémantique et pratique politique pour être à nouveau audible par nos concitoyens,
-avec nos camarades européens dans la construction d’une Europe fédérale de nature à ouvrir un très vaste champ d’investigations et de propositions
.

Jean-Paul Méheust